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SHINZUI SHUHŌ - UN VOYAGE D’INTEGRATION

Le concept japonais du Shu Ha Ri comme voie vers une approche intégrative de la pratique du travail corporel

Nous connaissons Philippe Vandenabeele1 comme le fondateur de l'école Shinzui Shiatsu. Son parcours est loin d'être linéaire, surtout sur le plan géographique. Après avoir séjourné à Bruges, Bruxelles et en Suède, il s'est installé, il y a quelques années, à Fukuoka au Japon. L'école Shinzui Shiatsu est restée active en Belgique, où elle dispense toujours la formation de base, et est désormais dirigée par Peter Albrecht.
Fort de plus de trente ans d'expérience clinique et d'enseignement international du Shiatsu, Philippe Vandenabeele a développé la formation continue Shinzui Shuhō. Ses cours combinent sa longue expérience clinique avec une pratique et des études continues en thérapie manuelle, en anatomie, ainsi que ses recherches actuelles sur les racines du Shiatsu et de l'Ampuku.
Cet article a déjà été publié dans le magazine de l'American Organization for Bodywork Therapies of Asia2.

« Honorer les principes fondamentaux, même lorsqu’on s’affranchit des règles et des structures une fois qu’elles sont intériorisées. » - Maître de thé Sen no Rikyū (1522 – 1591)

Philippe Vandenabeele 

Comme pour beaucoup de mes collègues, l'intégration des différentes modalités et techniques que j'ai apprises tout au long de mon parcours en tant que praticien et enseignant en travail corporel a été une quête permanente. En tantPortret Philippe Vandenabeele que praticiens, notre objectif est toujours de devenir plus compétents afin de mieux aider nos patients. Au cours de mon parcours, cela m'a amenée à étudier, à apprendre et à intégrer des techniques issues des traditions orientales et occidentales du travail corporel.

Dans ce court essai, j’ai l'intention de présenter ma compréhension du concept japonais « Shu Ha Ri » et la manière dont il m'a fourni un cadre pour l'approche intégrée que j'utilise dans ma pratique. Il m'a aidé dans mon objectif de rapprocher l'Orient et l'Occident tout en incarnant la tradition, en embrassant l'innovation et en développant ma propre méthodologie de travail corporel : Shinzui Shuhō (真髄手法), ou «Core Bodywork».


Le Concept Japonais de Shu Ha Ri

Dans les arts japonais, y compris le travail corporel, le principe de Shu Ha Ri décrit trois étapes de développement qui favorisent le savoir-faire. Shu (守) est la première étape : le novice observe et imite respectueusement le maître afin d'apprendre les bases et les mécanismes corporels appropriés. Grâce à une pratique assidue, le novice engagé finit par devenir apprenti à l'étape Ha (破) : il dépasse les interprétations rigides des bases. À ce stade, le praticien en herbe acquiert davantage d'aisance et d'expertise à mesure qu'il mûrit. Grâce à une étude continue et à une pratique ciblée, le praticien finit par transcender la technique en incarnant pleinement les principes de l'art. C'est alors qu'il entre dans le stade Ri (離). Ri n'est pas une fin en soi, mais une étape au cours de laquelle le praticien devient un artisan accompli, ouvrant finalement la possibilité de voir émerger la virtuosité ou la « maîtrise ». Cette virtuosité permet alors l'intégration d'autres modalités à sa pratique, car la maîtrise nous permet de rester fidèles aux fondamentaux tout en nous adaptant à des conditions en perpétuelle évolution, et nous permet de regarder au-delà des formes et des techniques traditionnelles.


La Création du Shiatsu Moderne

Dans le but de créer une pratique plus unifiée du travail corporel, le principe du Shu Ha Ri nous aide à comprendre comment la culture et les arts japonais sont restés profondément liés à la tradition tout en accueillant l'innovation. Cela s'est vérifié dans le développement du Shiatsu, et Shu Ha Ri nous montre comment Tamai Tenpeki et Kaisen Tanokura, qui ont forgé le terme « Shiatsu » dans les années 1930, ont été fortement influencés par l'anatomie occidentale et les techniques de travail corporel tout en restant fermement ancrés dans la tradition japonaise du travail corporel.
Tanokura déclare explicitement, dans son ouvrage révolutionnaire « Shisho Ryoho Hiroku »  指掌療法秘録), que sa pratique combine « la thérapie orientale avec les approches américaines de l'ostéopathie et de la chiropraxie ».


Approfondir la Compréhension du Shu Ha Ri

Pour l'esprit occidental, Shu Ha Ri peut apparaître comme une progression linéaire vers la maîtrise : un objectif à atteindre. Bien que cette vision contienne une part de vérité, elle n'est pas la seule façon d'interpréter Shu Ha Ri. Peut-être avec plus de précision, certains ont décrit le Shu Ha Ri comme un processus circulaire ou spiralé, plutôt que comme une voie menant droit vers un but. Cette vision reconnaît qu'après avoir atteint Ri, les pratiquants entrent dans une nouvelle phase de Shu, où ils continuent à perfectionner leurs compétences dans un cycle continu.
Comme troisième façon de comprendre Shu Ha Ri, j'en suis venu à le considérer comme un chemin concentrique, avec Shu en son centre. Pour moi, ce centre représente les principes fondamentaux qui sont toujours présents dans mon traitement. Je tiens à souligner que je n'ai aucune objection à considérer Shu Ha Ri comme un chemin circulaire ou même linéaire. Cela dépend de la perspective que nous choisissons d'adopter et de notre propre stade de développement alors que nous nous appliquons à cultiver notre savoir-faire et notre maîtrise. Les perspectives linéaires, circulaires, spirales et concentriques peuvent toutes coexister et nous guider sur notre chemin.

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La Trinité des Fondamentaux

Au fil de mon parcours personnel et de ma pratique de travail sur le corps issu d'Asie orientale, notamment la méditation et le Qi Gong, j'ai identifié ce que je considère comme « Trinité des Fondamentaux » qui sert de cadre directeur pour le parcours à travers Shu Ha Ri. Cette trinité comprend le Hara, Yin & Yang, et la Communication.
Selon moi, ces trois piliers ne sont pas isolés les uns des autres, mais sont intrinsèquement liés, correspondant aux étapes de développement du praticien : développer une base physique solide (Shu) ; approfondir la compréhension des principes médicaux d'Asie orientale (Ha) ; s'ouvrir à la constante évolution de la réalité par la connexion et la communication (Ri).
Cette trinité reflète avec élégance le concept classique de Tian Di Ren, « Ciel, Terre et Homme », qui symbolise l'interconnexion harmonieuse de tous les niveaux d'existence.


Shu
- Hara: Les Bases du Mécanisme Corporel

Dans le modèle concentrique de Shu Ha Ri, Shu constitue le noyau central : les fondamentaux qui restent présents à chaque instant de la pratique. Dans le travail sur le corps issu d’Asie orientale, ce noyau est incarné dans le Hara, ou Dantian inférieur, qui sert de lien avec la Terre et constitue le réservoir de notre Jing, « Essence ».

Maîtriser le stade Shu nécessite d'apprendre à travailler à partir du Hara et à maintenir une posture détendue, étendu et alignée plutôt que de compter sur la force musculaire. Sans cet ancrage physique, il est impossible de réaliser le potentiel total de guérison de cet art. Un Hara stable protège également la vitalité du praticien, ancre la pratique du Ting, « écouter avec tout son être », et crée un espace sûr où le receveur se sent véritablement soutenu. Pour incarner véritablement le Shu, le praticien doit également s'engager dans une cultivation interne dédiée à travers la méditation et les exercices de Ki. Cela est essentiel et on ne saurait trop le souligner ! Ce n'est que lorsque nous, en tant que praticiens, sommes suffisamment ancrés dans notre propre Hara que nous pouvons observer avec précision la dynamique Ki du receveur, fournissant ainsi la stabilité nécessaire pour explorer les plans aux apparences variées du Ha et la liberté intuitive du Ri.


Ha
- Yin et Yang : Les Cartes de la Médecine d’Asie Orientale

Si Shu est la racine, le stade Ha représente l'expansion : le praticien dépasse toute interprétation rigide des principes fondamentaux pour naviguer dans le paysage théorique multiforme de la médecine d’Asie orientale. À ce stade, le praticien continue à développer une compréhension plus profonde et une connaissance intérieure de la manière dont l'Unité primordiale se différencie en une « myriade de choses ». Le praticien apprend à naviguer dans les « cartes » de la tradition — en commençant par le Yin et le Yang, puis en se déployant dans les 5 transformations, les 6 divisions et les 8 forces (Bagua) — comme une boussole pour discerner les schémas de changement, tant en soi-même que chez le receveur.


Ri
- Communication: L’Art du Toucher

Dans Ri, le praticien dépasse les formes strictes pour incarner les principes fondamentaux de « L’Art du Toucher », transformant la technique en une communication profonde. Cette phase met l'accent sur l'écoute avec tout son être, s'engageant dans un dialogue silencieux qui s'adresse à la fois au praticien et au receveur dans leur intégralité. Il est important de noter que dans le contexte du Shinzui Shuhō, Ri permet l'intégration harmonieuse d'autres modalités sans perdre l'essence originale. En s'appuyant sur les concepts fondamentaux de la théorie médicale d’Asie orientale, le praticien navigue habilement entre différentes cartes et techniques. Le traitement devient ainsi naturel et sans effort. L'art reste ancré dans le Shu et continue d'être cultivé dans le Ha, tout en s'épanouissant dans le Ri.

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Rassembler le Tout

En résumé, le principe du Shu Ha Ri va au-delà d'une progression linéaire vers la maîtrise ; il offre un cadre essentiel permettant au praticien d'incarner la tradition tout en embrassant l'innovation et en s'adaptant à l'évolution des temps. Qu'il soit considéré comme un cheminement en spirale, circulaire ou concentrique, ce parcours exige que les fondamentaux restent le noyau stable de la pratique.

Le véritable savoir-faire consiste en fin de compte à rester fidèle aux principes fondamentaux de notre art tout en s'adaptant à des conditions changeantes : en transformant toutes nos compétences techniques en un art de guérison authentique et intuitif.

 

1     Philippe est l'auteur de « AMPUKU Abdominal Acupressure: The Classics at the Heart

of Japanese Bodywork » (2020) et co-auteur de « The Essence of Shiatsu: The Masters View » (2025).

Pour plus d'informations sur la formation continue Shinzui Shuhō : www.shinzui-academy.com. Pour plus d’information sur l’école Shinzui Shiatsu School Belgique : www.shinzui-shiatsu.be.

2     La traduction française de l’article est réalisée par Paula Rolshoven

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